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Steve McQueen

Le 21 septembre 2006, par olive,

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Une immense projection vidéo triptyque immerge le spectateur au cœur de l’univers urbain et mouvementé de New York. Drumroll de Steve McQueen défie les lois de la gravité en révélant les rues de Manhattan sens dessus dessous, dans un mouvement circulaire et un tournoiement incessants. Sur la projection de droite, des voitures roulent et se retournent sans cesse, tandis que l’image de gauche montre les pas presque dansants de passants, à l’endroit puis à l’envers, dans un mouvement centrifuge et régulier. La projection centrale est une rotation verticale, dévoilant tour à tour le ciel new-yorkais, quelques buildings puis la chaussée dans l’obscurité totale. De temps à autre, on aperçoit une chemise rose, celle de Steve McQueen, exécutant sa performance. Dans la cacophonie de la ville, parmi les klaxons de voitures, les sirènes stridentes de la police, le brouhaha de la foule et les roulements de moteurs, une voix masculine retentit : « sorry, watch out ! ». C’est celle de l’artiste tentant de fendre la foule tout en faisant rouler un baril d’essence contenant trois caméras : deux sur les côtés, à l’horizontale et une au milieu, à la verticale. Le reflet de Steve McQueen poussant son baril apparaît de façon furtive dans les vitrines de magasins. La triple projection révèle le processus même de sa réalisation. Le spectateur prend peu à peu conscience de la concomitance des trois images. Le son diffusé coïncide avec chacune d’elles. La rotation simultanée des projections , à vitesse égale, dévoile le système de tournage très rudimentaire. La présence de l’artiste, soulignée par des apparitions physiques brèves et par le son de sa voix, renforce la notion d’auteur. Sa présence est une signature et permet de cerner la nature de l’œuvre, entre performance, film expérimental et film de cinéma. Différents paramètres soulignent les références cinématographiques : l’absence de narration, le son réel in situ, la caméra portable - en l’occurrence mobile - et l’absence d’acteurs au profit de non acteurs (les passants), renvoient aux dogmes du « cinéma vérité » des années 60, initié par Jean Rouch. Le grouillement continu de l’espace urbain, l’esthétique de la vitesse, rappellent également la célébration de la modernité industrielle par Marinetti dans le Manifeste futuriste (1909). Le cinéaste Dziga Vertov sera particulièrement influencé par les thèses du futurisme dans son film L’Homme à la Caméra de 1929. Tourné dans la ville d’Odessa, le film célèbre le monde moderne, industriel et urbain. Pour Vertov, la caméra, « œil mécanique » [1] est une prolongation de l’œil humain, instrument imparfait. Elle permet de découvrir une réalité autre, et dévoile « une nouvelle conception du monde » [2], à l’opposé d’une réalité objective. De la même façon, Steve McQueen multiplie les points de vue sur la ville, perturbant et renouvelant sa perception. Cette démultiplication visuelle déstabilise le spectateur dont les repères spatiaux sont brouillés. L’aliénation de la ville révèle une réalité nouvelle. Un autre point commun entre le film de Vertov et celui de McQueen est leur musicalité. Film muet, L’Homme à la Caméra est pourtant construit selon un rythme très marqué. Le montage saccadé et la composition des images en mouvement s’assimilent à une construction musicale. Drumroll est la première vidéo sonore de McQueen. Elle superpose les bruits de la ville, la voix de l’artiste et le vacarme du baril. Le vidéaste décrit l’expérience sonore de sa performance : « Je me sentais presque comme un musicien. Tout ce que j’avais à faire, c’était de continuer à faire rouler le baril d’essence comme on bat la mesure. Le chaos des allers et venues des gens dans la rue, les déplacements des voitures et des camions étaient de l’ordre de l’improvisation ». [3] Drumroll explore les limites de la vidéo, entre performance musicale et chorégraphique, dont les protagonistes sont les acteurs de l’environnement urbain. Film expérimental, quasi abstrait lors des accélérations rotatives, il est marqué par le minimalisme de son langage filmique révélant son processus de réalisation. Ce nouveau regard kaléidoscopique sur le paysage urbain va jusqu’à la saturation des points de vue. La présentation de la ville en rotation continue met à l’épreuve le spectateur jusqu’à l’ivresse tandis que l’artiste nous fait la démonstration littérale de « tourner » un film !

Adeline Blanchard

Notes :

[1] In : manifeste de Dziga Vertov, Ciné-Œil, 1923.

[2] Idem.

[3] « I felt almost like a musician. All I had to do is to keep this oil drum roll almost like keeping a beat. The chaos that was recorded of people, cars, trucks, etc. was almost like improvisation », in : Steve McQueen, « Steve McQueen in conversation with Gerald Matt », catalogue d’exposition, Kunsthalle Vienne, 2001, p.16.

 

Galerie d'images

drumroll,1998
 

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