version "SPIP&BLIP" du site (flash) interface horaires d’ouverture : du mercredi au samedi de 14h à 19h, le vendredi jusqu’à 20h et sur rendez-vous contactez nadège ou skype interface
 

dérives latifa echakhch 7 avril - 19 mai 2007

Le 20 avril 2007, par appartement/galerie Interface,

Creer un PDF

Latifa Echakhch habite en France depuis l’âge de trois ans, mais elle est souvent considérée comme une « plasticienne marocaine ». Dans sa démarche, l’artiste prend ce paradoxe comme point de départ, se joue des idées orientalistes afin d’exprimer sa position critique vis-à-vis du post-multiculturalisme. En stigmatisant les traditions et les symboles marocains et français, son travail aborde avec finesse la question de l’identité. Les pratiques sociétales et les clichés qui en résultent se trouvent au cœur de ses observations.

Nadège Marreau : Interface est un appartement de caractère qui a gardé toutes ses spécificités (plinthes, moulures, corniches, plafond peint), comment as-tu appréhendé ce lieu ?

Latifa Echakhch : En effet, ce lieu a gardé tous les signes d’un appartement. L’identité des espaces d’art est de plus en plus neutralisée, formatée. On se retrouve dans des cubes blancs où tout est fait pour faire abstraction et laisser la place aux œuvres. J’ai choisi de tenir compte de la spécificité du lieu et de l’utiliser car j’aime bien les contraintes. Au départ, celle-ci était plutôt inconfortable. Dans la deuxième pièce, les plinthes montent à un mètre du sol. J’ai recouvert les murs de papier carbone que j’ai ensuite aspergé d’alcool à brûler. S’il n’y avait pas eu de moulures, le liquide aurait coulé directement au sol, ici il dégouline sur les plinthes. La couleur vient sur les moulures et non pas sur le sol. Elle s’attaque à un élément ornemental, architectural qui parle aussi d’une certaine époque. Il y a une confrontation entre le papier carbone qui est plutôt un matériau « cheap » et les moulures qui révèlent le caractère bourgeois de l’appartement. Cette relation m’intéresse. L’utilisation de la spécificité du lieu ajoute une dimension socioculturelle à la proposition.

NM : En tant qu’appartement, Interface était un lieu d’habitation. Le fait que cet espace d’exposition soit petit et qu’il se trouve dans un immeuble lui confère un caractère convivial et chaleureux, comment l’as-tu envisagé ?

LE : J’ai fait enlever tous les fauteuils et canapés. Il n’y a donc plus d’élément d’accueil qui rappelle un appartement. À la place, j’ai disposé des poufs marocains. Ce sont les seuls éléments issus d’un intérieur. Ils ont été fabriqués en plastique noir. Pour moi, cet espace d’habitation ressemble à un double salon et le fait de présenter ces poufs est une manière de prendre en compte l’espace d‘habitation. Toutefois, ces poufs sont vides, il est donc impossible de s’asseoir dessus.

NM : Quand on regarde l’ensemble de ta production : Principe d’économie, Erratum, Snow in arabia…, on constate que les objets que tu fabriques ou installations que tu fais sont très souvent, techniquement faciles à réaliser ; où se trouve le savoir-faire ?

LE : Ce que je réalise est assez facile à faire. Il y a très peu de choses que j’ai vraiment fabriquées. Je ne crois pas trop au concept de création de l’artiste. J’aime bien l’idée que les gens puissent s’approprier mon travail et puissent se dire, « c’est à ma portée » . L’artiste n’est pas un être d’exception.

NM : Pourquoi faire apparaître des objets typiques de la culture d’Afrique du Nord ?

LE : Les objets qui m’intéressent sont des objets qui me parlent. En définissant d’où ils viennent, à quoi ils servent, où on les trouve, ils me permettent de me situer politiquement dans le monde. Et bien sûr, ayant des origines marocaines et étant toujours Marocaine, la culture arabe est quelque chose qui me constitue de la même manière que la culture ou les traditions françaises, européennes et internationales. Quand je cherche des matériaux simples ou banals, forcement je vais aussi les trouver dans cette culture. Ce ne sont pas des éléments de haut de gamme, ce sont des éléments très banals, qui donnent juste des effets orientaux. Il suffit de se promener en ville, il y a des éléments orientaux infiltrés partout. Même à Dijon, on retrouve des poufs, des lampes marocaines en peau tendue. Donc, quand on m’identifie en tant qu’artiste, on s’attend à ce que je parle de ça parce qu’on attend qu’un artiste parle de soi, parle d’où il vient, moi je montre juste ce que j’en fais. Je n’ai aucun regard nostalgique, je n’ai aucun regard sur-affectif par rapport aux objets de la culture marocaine. Je peux identifier ces objets comme étant de ma culture et en même temps, ils me sont complètement étrangers. Je n’ai pas de verre de thé chez moi.

NM : Lors de l’ouverture de l’exposition, une personne me disait qu’elle aurait bien aimé voir des formes se dégager des coulures de carbone. Pourquoi avoir choisi de ne rien faire figurer avec les coulures de carbone ?

LE : Un papier carbone est fait pour démultiplier une information ou un message. S’il n’y a rien et que l’on applique l’alcool directement, c’est l’absence du message qui coule. Ce qui m’intéressait c’est juste l’absence, c’est le matériau en terme de matrice et de message potentiel. Au final le papier carbone coule pour rien. C’est une forme de poésie, une poésie sur le vide ou juste une signification du vide. Ce vide est aussi présent quand je troue le tapis ou quand je présente un désert de semoule. L’absence veut dire quelque chose. Le vide n’existe pas, pour preuve, les scientifiques arabes ont nommé le zéro.

Extrait de l’interview de Latifa Echakhch

le 09 avril 2007 à Interface pour l’exposition Dérives

L’exposition s’inscrit dans le cadre du festival Made in Maroc organisé par Zutique Productions

 

Galerie d'images

à chaque stencil une révolution, 2007 Vanités, 2007 à chaque stencil une révolution, 2007
 

Documents joints à l'article

plan de l’exposition
PDF | 84.8 ko | document publié le 19 avril 2007
 

Commentaires de l'article

 
emad
Le 16 juillet 2016
 

Poster un commentaire

SPIP 1.9.1 | BliP 2.3 | XHTML 1.0 | CSS 2.0 | RSS 2.0 | Espace privé
Visiteurs par jour (cumul) : 122 (288422)